Cadavre sexy – épisode 9 (Adèle Bréau)

Une comédie romantique gratuite à suivre chaque mercredi

– Christian !

Clara essaya de se dégager des bras puissants de Lechevalier, alors qu’on tapait de manière de plus en plus insistante sur la porte. Habilement, pourtant, celui-ci plaqua son pied contre la chambranle, et fit tourner la clé dans la serrure, sans quitter sa proie des yeux.

– Oui ?

Tout en répondant, il plaça un doigt sur les lèvres de Clara, et se mit à les caresser doucement alors qu’elle tentait de retrouver une respiration normale.

– C’est Sylvain, je peux entrer ?

– Je suis en consultation. Je viens te voir plus tard.

– Si tôt ? Tu te fiches de moi ? Ouvre, c’est important. Faut que je te raconte un truc fou. Ça concerne Clara.

Lechevalier haussa alors les sourcils en même temps qu’une lueur amusée s’était allumée dans ses yeux noisette. Clara haussa les épaules, lui signifiant qu’elle ne savait absolument pas ce dont il s’agissait. Non mais qu’est-ce que c’était encore que cette histoire ?

– Je suis sur Skype avec une patiente américaine. Yes, hold on please. Just a second.

– Tu liftes à l’international, toi, maintenant ? Bon… D’accord. Mais tu viens me voir, hein ? Ou sinon on se fait un dej ? Il fait si beau. Une petite terrasse en note de frais ?

– Sylvain…

– Ok, ok… I’ll be back monsieur le praticien mondialement connu. Je retourne à ma patientèle de quartier. Tsss.

Visiblement déçu, le dentiste rebroussa chemin, puis fit claquer la porte de son cabinet. Le silence emplit à nouveau la pièce, alors que l’électricité regagnait l’épiderme de Clara. Lentement, Lechevalier fit glisser ses doigts dans la dentelle de son soutien-gorge, et colla son bassin contre le sien. Son désir était fort apparent, ce qui replongea Clara dans la tourmente qui ne semblait plus vouloir la quitter depuis la scène des toilettes. Son odeur était entêtante, son souffle chaud, et son corps collé contre le sien promettaient une extase que la jeune femme n’avait plus connue depuis de nombreux mois. Ses jambes se mirent à flageoler pendant que Christian s’approchait plus encore pour chuchoter à son oreille, tout en ondulant doucement du bassin :

– Alors, Clara ? Quel est ce nouveau secret ? On joue double jeu ? Ou plutôt triple jeu devrais-je dire ? Pourquoi pas. Sylvain est un proche, et il nous est parfois arrivé de partager plus qu’un bon repas. Mais… qu’en pense… Cédric ?

– ERIC ! Il s’appelle Eric !

Avec humeur, Clara se dégagea brusquement de l’emprise du chirurgien. Son désir s’était subitement mué en une rage qu’elle parvenait mal à contenir. Oui, tout à coup, elle était furieuse. Contre lui, qui prenait tout à la légère, et la faisait glisser du mauvais côté de la pente, celui qu’elle avait trop souvent emprunté dans sa jeunesse, lorsqu’elle cédait volontiers aux sales types dans son genre, persuadée que sous le prédateur se planquait un inénarrable romantique au petit cœur chagriné. Et puis contre elle, surtout, qui perdait totalement pied. Certes, il l’attirait follement. Et plus encore lorsqu’il arborait cette tête à claque, le sourire enjôleur, les mains sur les hanches avec cet air de dire « j’ai envie de toi maintenant tout de suite ». Une chose était pourtant sûre, ça ne pouvait définitivement pas être lui qui avait envoyé les lys ni eu la délicatesse de citer Christian Bobin. Ça non. Ce type était « odieux mais c’est divin », comme disait une vieille pub des années 80, mais certainement pas romantique. Ni délicat. Elle n’allait quand même pas tout fiche en l’air, son couple, son job, ou même cette promesse d’idylle romanesque pour un coup entre deux injections d’acide hyaluronique.
Rapidement, elle se rhabilla, honteuse soudain de se tenir debout en sous-vêtements devant cet abject individu et, avec humeur, s’avança vers la porte.

– Je vais retourner travailler, docteur. Ça vaut mieux pour tout le monde, articula-t-elle exagérément.

– Rien n’est moins sûr, souffla-t-il.

– Ah oui ? Et pourquoi ?

– Parce que ç’aurait pu être très agréable.

– Pour qui ?

– Pour toi. Pour nous.

Plus exaspérée que jamais, Clara préféra ne pas continuer cette conversation, dont elle sentait bien qu’elle allait rapidement tourner au vinaigre, d’autant que God prenait un malin plaisir à la rendre chèvre, elle le voyait bien. Elle rajusta correctement ses vêtements, attrapa rageusement l’élastique enroulé autour de son poignet, noua ses cheveux en un chignon haut, planta son regard dans celui de Lechevalier, laissant en suspens ce moment, puis tourna les talons, prête à décamper après avoir déverrouillé la porte. La poignée dans la main, dos à lui, elle l’entendit pourtant prononcer cette phrase qui lui fit l’effet d’une décharge électrique.

– On peut s’éprendre d’une femme pour une manière de ramener ses cheveux sur sa nuque.
Il l’avait murmurée, tout bas, les yeux penchés sur son portable.

– Qu’est-ce que tu as dit ?

Il sembla hésiter puis reprit :

– On peut s’éprendre d’une femme pour une manière de ramener ses cheveux sur sa nuque.

– Qui… ? C’est… ? Les lys ? Bobin ? TOI ?

– Comment ?

Alors que tous deux se toisaient sans rien dire, la porte s’ouvrit brusquement, bousculant Clara sans ménagement. C’était Bloch.

– Enfin Clara, qu’est-ce que vous fichez ? Il est dix heures ! Le téléphone n’arrête pas de sonner. La salle d’attente se remplit, il faut y aller, là.

Hagarde, Clara quitta les lieux sans mot dire, alors que le gynécologue scrutait Christian d’un œil inquiet. Arrivée à son poste, les téléphones sonnant à tue-tête, irritant manifestement les malades matinaux avachis dans la salle d’attente, elle vit que son portable clignotait. Un message lui était arrivé pendant qu’elle était dans le bureau de Lechevalier.

06 68 68 68 68 – 8.43
« On peut s’éprendre d’une femme pour une manière de ramener ses cheveux sur sa nuque. » La citation du jour envoyée à Christian lui a plu j’imagine ? Cyrano.

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Auteure : Adèle Bréau

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Adèle Bréau a deux petits garçons, Tao et Kim, qui lui ont donné le baby-boost. Depuis, elle leur raconte des histoires à eux, mais aussi aux autres, sur le Web et dans des livres à couvertures pétaradantes. Auteur de la trilogie initiée avec La cour des grandes, elle a ensuite publié chez Lattès Les jeux de garçons et achèvera les aventures tragicomico-amoureuses de ses quadras parisiens avec Les devoirs de vacances, à paraître à l’été 2016. Elle écrit aussi sur son blog, adeledebrief.wordpress.com, mais aussi sur Terrafemina, dont elle dirige la rédaction, y sondant avec intérêt les affres, espoirs et coups de gueule des femmes d’aujourd’hui. Elle pleure chaque fois (nombreuses) qu’elle revoit Pretty Woman, lit chaque année Scarlett si possible et pense que, définitivement, on ne devrait jamais laisser Bébé dans un coin. Ni aucune femme amateur de comédie romantique d’ailleurs.
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